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  • Jacques-Emmanuel Durand

Et si l'argent faisait le bonheur...

Mis à jour : 23 oct. 2020


Sans argent, l’entreprise n’est rien, elle ne peut exister. Quelle que soit sa forme ou sa taille, l’entreprise a besoin de ressources financières pour être créée, pour survivre et se développer. En contrepartie les actionnaires ont le souci de la création de valeur financière. Si cela ne peut être remis en cause, c’est même une évidence qu’il faut accepter : l’actionnaire accomplit un acte positif en investissant directement ou indirectement dans l’entreprise.

Sauf à avoir gagné l’argent qu’il investit dans un jeux de hasard, les ressources financières dont bénéficie l’investisseur proviennent directement de son travail mais surtout, qu’il ne l’oublie jamais, du travail d’autres personnes. Sauf erreur de ma part, l’entreprise n’est rien sans les femmes et les hommes qui la composent. Ce sont eux qui, par leur engagement, leur savoir-faire et leur créativité vont permettre à l’entreprise d’innover, de conquérir des clients, de les satisfaire, et donc de créer de la valeur financière. Evidemment, au début de la chaîne, un ou plusieurs investisseurs vont décider de prendre un risque et de permettre à l’entreprise de naître et de se développer. Ce risque est louable et il est dommageable que certains critiquent les investisseurs.

 La question qui se pose concernant l’investissement est double :

  • A qui doit revenir la valeur financière créée ?

  • Comment créer plus de valeur ?

 Je vais commencer par la seconde question. La société est en train « d’ouvrir les yeux » et de se rendre compte que la performance humaine ne se décrète plus, elle provient de plus en plus des conditions dans laquelle l’entreprise met ses collaborateurs. En juin 2017, Bertille Knuckey (Gérante du fonds d’actions Sycomore Happy @Work) indique : « La création de valeur d’une société n’est durable que si elle est partagée avec toutes les parties prenantes, à savoir ses investisseurs, ses fournisseurs, ses clients et l’environnement, mais aussi et surtout avec ses collaborateurs, en leur offrant un cadre de travail agréable et stimulant. Le bien-être au travail permet de les motiver, de les impliquer. Un collaborateur heureux est 43% plus productif et 86% plus créatif et innovant, d’après Hay Group et l’Université de Berkeley. Il est aussi moins souvent absent et cherche moins à passer à la concurrence. Au final, le bonheur au travail permet un surcroît de ventes de 37%, en moyenne, d’après Martin Seligman ».

 La création de valeur reposerait donc sur les critères qui sont susceptibles de rendre les collaborateurs heureux au travail. Et bien, sans grande surprise, pour qu’une personne soit heureuse dans son travail, il faut simplement qu’elle se sente partie prenante de l’entreprise en tant que personne et non pas en tant que numéro de matricule, pion d’un échiquier ou terme destructeur = ETP (Equivalent Temps plein), comme si il suffisait d’être à temps plein pour produire de la valeur. Chaque personne va donc rechercher :

  • Du sens pour comprendre sa contribution à la création de valeur et adhérer à la culture et aux valeurs de l’entreprise ;

  • De l’autonomie pour être en capacité de faire son travail le mieux possible dans l’objectif de créer de la valeur ;

  • Du développement personnel afin de grandir ;

  • De l’équité dans les traitements (salariaux, d’organisation, relationnels) ;

  • Une relation ouverte et agréable avec ses collègues, managers et relations externes (clients et fournisseurs).

A aucun moment, ne ressort le besoin de babyfoot, after-work ou gala dans cette recherche de bonheur au travail. Ces derniers ne sont que des artifices et peuvent être une petite cerise sur le gâteau (les 5 piliers listés ci-dessus), mais jamais la cerise ne remplacera le gâteau.

 Alors donc, pour créer de la valeur, il suffirait de mettre les collaborateurs en situation de collaborer, littéralement de travailler ensemble. Le rôle du Manager est-il de dire ce qu’il faut faire ? Il est évident que non. Ce rôle (c’est-à-dire l’essence de la fonction) est de s’assurer qu’avec ses collaborateurs, il partage le sens, la direction et les objectifs et qu’ensuite ils collaborent, c’est-à-dire qu’ils travaillent ensemble dans ce sens et cette direction. Alors, ils atteindront ces objectifs.

Le collaborateur est donc le maillon essentiel de la création de valeur.

L’investisseur qui a intégré ceci aura donc compris qu’il a tout intérêt à investir demain dans des entreprises qui développent réellement ces notions de bonheur au travail. Il devra surtout s’assurer que cette dynamique de développement personnel existe au sein des entreprises dans lesquelles il a déjà investi au motif de réduire les risques de moins-values financières…

Alors l’investisseur sage (celui qui s’assure de la sauvegarde et du développement de son patrimoine) va donc intégrer dans son analyse deux questions :

  • L’entreprise met-elle le développement humain au cœur de ses préoccupations ?

  • L’équipe de management en place est-elle adaptée à ces enjeux de développement du bonheur au travail ?

L’investisseur sage s’assurera aussi que les bénéfices financiers générés par la création de valeur soient le plus équitablement répartis entre les actionnaires et les collaborateurs. A juste titre, Bertille Knuckey définit ainsi la notion d’équité : « les écarts salariaux doivent être raisonnables, les collaborateurs, associés aux résultats ».

 L’argent que l’investisseur va placer dans l’économie va donc permettre le développement des entreprises qui favorisent le bonheur au travail. Il est alors évident de conclure que l’argent peut faire le bonheur des collaborateurs.

 P.S. :

  1. En marge de ces éléments d’ordre purement financiers, il ne faut pas négliger la part de satisfaction personnelle que certains investisseurs tireront du sentiment d’utilité en favorisant l’épanouissement de personnes dans leur vie professionnelle.

  2. L’argent n’est peut-être plus l’unique dénominateur de la performance d’une entreprise. Certes, le système actuel – le capitalisme – est difficilement remplaçable mais il est temps de le transformer, de le faire pencher vers plus d’intérêt général (au sens « commun » – non « associatif »). C'est le sens des Entreprises à Mission...

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